Dans le pays le plus pauvre du golfe, un nouveau front d'Al Qaeda s'y développe

Aprés l'Afghanistan et l'Irak, les talibans occupent le Yémen et souhaitent en faire le nouveau terrain du djihad.

Stéphane Lehr, photo-journaliste  flux rss  envoyer à un(e) ami(e)  imprimer la page  administration  french

Le Yémen d'Al Qaeda - reportage

Yémen: Le nouveau champ de bataille d'Al Qaeda ?

Reportage photo réalisé au Yémen.

Texte: Valérie Dupont Grand reporter

« Allah Akbar ! On va tuer tous les otages si vous ne nous donnez pas un véhicule !
Vous êtes cernés ! Ne tuez pas les otages, nous vous fournirons une voiture ! » Je suis à 30 kilomètres de Sanaa, capitale du Yémen. La cellule anti-terroriste démontre sa force dans un camp d’entraînement caché dans les montagnes rocailleuses. Des hommes cagoulés de noir, surarmés, tentent de convaincre de faux terroristes de se rendre. L’opération va durer vingt minutes: tir à balles réelles, lutte, kalachnikov omniprésentes, voitures arrivant à folle allure…

Les Etats Unis ont discrètement ouvert depuis un an au Yémen un troisième front, très largement secret, contre le réseau Al-Qaida, y envoyant des forces spéciales entraîner des militaires yéménites.Force spéciale yéménite à l'entrainement. Les USA finance et entraine cette cellule anti-terroriste.Ce matin, tous les journalistes sont invités pour voir la démonstration de la nouvelle force anti-terroriste. Cette force à été consus à la demande des Etats Unis pour combattre Al Qaeda.Al Qaeda s'est implanté depuis peu au Yémen. Trois points d'affrontements ont lieu dans le pays. Cette force spéciale à été consus avec l'aide et les finances des USA.Un show spécialement programmé pour les journalistes internationaux... On peut y voir la force spéciale intervenir lors d'une prise d'otage avec fumigène, balles à blancs.Une vingtaine de soldats de la force anti-terroriste presente devant la presse internationale comment il combatte les membres d'Al Qaeda nouvellement installés sur leur territoire.Cette force anti-terroristes est composé d'hommes et de femmes entrainés pour combattre le réseau Al Qaeda nouvellement implanté dans le pays.


Je sais bien qu’il s’agit d’une démonstration mais, entre les cris et le claquement des armes, on a l’impression que tout cela est vrai. Mission réussie pour l’armée yéménite ! Le défi lancé par Al-Qaïda est de taille.

Arrestations de plusieurs faux talibans pendant la démonstration réalisée par la force anti-terroriste yéménite réalisé ce jour pour la presse internationale.Arrestation musclée d'un faux taliban pendant une démonstration de la force spéciale yéménite. Fumigènes, balles à blanc, explosions. Un show bien monté.

L’imam Anwar al-Aulaqui, retranché dans la vallée de Chabwa, est considéré par les Américains comme un intégriste proche de l’organisation terroriste. Ses faits d’armes : il a soutenu Nidal Hassan, le tireur qui a fait treize morts au mois de novembre dernier sur la base militaire de Fort Hood au Texas. Dernièrement, il a confirmé que le Nigérian auteur, un mois plus tard, de l'attentat manqué sur le vol Amsterdam-Detroit, Omar Farouk Abdulmutallab était son disciple. Il est impossible de connaître le chiffre exact des membres du réseau aujourd’hui au Yémen. En revanche, on sait bien que son implantation est facile.

Plusieurs groupes de djihadistes membres d'Al Qaeda combattent sur le sol yéménite. Le nombre exacte à ce jour est impossible à évaluer.Al Qaida est une menace croissante, avec une idéologie dont d'autres groupes extrémistes peuvent s'inspirer.Al Qaeda souhaite que le Yémen devienne la nouvelle terre du Djihad international. Les USA hésitent à intervenir. Ils financent et entrainent les forces armées yéménites.La branche d'Al-Qaida au Yémen compterait près de 2 000 militants et sympathisants, affirme un spécialiste du terrorisme yéménite.Djihadiste arrêté par les force spéciales yéménites dans le nord du pays. Le groupe, baptisé Al-Qaida dans la péninsule arabe, est la dernière réincarnation de cellules islamistes actives au Yémen depuis des années.Photo réalisée pendant  l'arrestation de membres d'Al Qaeda dans le nord du pays. Le nouveau lieu de combat des djihadiste du groupe baptisé Al-Qaida dans la péninsule arabe.


Ce pays pauvre de la péninsule Arabique connaît trois facteurs de déstabilisation : la guerre au nord avec les rebelles chiites Houthis, un mouvement sécessionniste au sud et la présence d’Al-Qaïda dans trois zones.

Militant d'Al Qaeda dans les prisons yéménites. On estime à plus de 2000 membres d'Al Qaeda sur le sol Yéménite.

Pendant tout mon séjour à Sanaa, j’avais deux objectifs : vérifier la montée en puissance de l’organisation et passer du temps avec l’armée yéménite. Les seuls moments où je pouvais rencontrer des salafistes susceptibles de me parler d’Al-Qaïda au Yémen étaient les week-ends. Ce qui tombait plutôt bien : je me sentais moins surveillée pendant ces jours de repos et de prières. Très vite, je contacte un salafiste modéré, qui comprend qu’il vaut mieux communiquer plutôt qu’être caricaturé. Appelons-le Mohamed afin de préserver son anonymat.Il se révèle mon ami très naturellement, comprend ce que je souhaite et est prêt à m’aider. En deux heures de temps, nous prenons rendez-vous avec Nasser al-Bahri, ancien garde du corps d’Oussama Ben Laden. Il vit aujourd’hui dans un petit appartement des faubourgs de Sanaa. Dans un premier temps, il propose de nous rencontrer à l’hôtel. Je refuse, car je souhaite faire l’interview chez lui. Il prétexte une panne d’électricité, ce qui est crédible le soir au Yémen. Mais tout le monde sait que ces coupures ne durent que peu de temps. Nous prenons un de ces taxis où l’on se sent tout de suite bien : la carrosserie est cabossée, mais, à l’intérieur, c’est la fête. Un coran lumineux pendouille au rétroviseur, des décorations naïves couvrent l’habitacle… L’immeuble de Nasser a triste allure. Son appartement est vide. Quelques coussins sont jetés sur le sol dans la salle de réception. C’est dans ce cadre rudimentaire qu’il me raconte ses années avec Ben Laden. Et qui mieux que son ancien garde du corps peut prétendre le connaître ? Je suis frappée par ses traits, son visage raffiné, un regard extraordinairement gentil… Pas vraiment le portrait que l’on se fait d’un ex-membre d’Al- Qaïda… Je commence l’interview. Mon interlocuteur se montre déconcertant, ne pratique pas la langue de bois, égrène ses souvenirs tout en maîtrisant totalement ses émotions. Sauf quand il se souvient des meilleurs moments passés auprès de Ben Laden : ses yeux se mettent alors à briller. « On jouait au foot tous les vendredis, toujours Arabes contre Africains… Et c’était les Africains qui gagnaient bien sûr… »

Nasser al Bahri, 37 ans, décline posément toutes ses identités. «Terroriste» pour les Etats-Unis, «infidèle» pour les islamistes, figure embarrassante pour les autorités yéménites.L’itinéraire du djihadiste Abu Jandal «le tueur» est passé par la Bosnie et l’Afghanistan. Arrêté par les Américains, Nasser al Bahri n’a pas été incarcéré à Guantánamo.A 37 ans, l'ancien garde du corps de l'homme le plus recherché au monde a tourné la page de la «guerre sainte» contre l'Occident.


Valérie Dupont : Comment avez-vous été engagé par Al-Qaïda ?
Nasser al-Bahri : J’ai adhéré à l’organisation après un long processus de djihad. J’ai commencé mon entraînement en Bosnie, en Somalie puis au Kirghizstan. C’est là que se trouvait à l’époque cheikh Oussama Ben Laden. Il avait entendu parler d’un groupe de bons musulmans et a souhaité nous rencontrer.
Valérie Dupont : C’était en quelle année ?
Nasser al-Bahri : 1996.
Valérie Dupont : Combien de temps êtes-vous resté avec Ben Laden ?
Nasser al-Bahri : Quatre ans.
Valérie Dupont : Pourquoi l’avez-vous quitté ?
Nasser al-Bahri : J’ai surtout quitté l’Afghanistan, car ma femme était malade, après avoir demandé la permission à cheikh Oussama Ben Laden. Il me l’a accordée.
Valérie Dupont : Il était malade à cette époque ?
Nasser al-Bahri : Non, il était en bonne santé, même en meilleure santé que les jeunes.
Valérie Dupont : Vous l’aimez toujours ?
Nasser al-Bahri : En tant que personnalité.
Valérie Dupont : Ca veut dire quoi ?
Nasser al-Bahri : J’aime l’homme. Et je fais la distinction avec le réseau d’Al-Qaïda, ce n’est pas la même chose.
Valérie Dupont : C’est quelqu’un de bien ?
Nasser al-Bahri : Il est une personne « idéale ».
Valérie Dupont : Un bon musulman ?
Nasser al-Bahri : Un bon musulman et un exemple pour les jeunes.
Valérie Dupont : Combien étiez-vous payé en tant que garde du corps ?
Nasser al-Bahri : Rien. Rien du tout.
Valérie Dupont : Vous travailliez gratuitement ?
Nasser al-Bahri : Le fait de protéger cheikh Oussama Ben Laden était pour moi une obligation religieuse, comme je fais la prière ou le jeûne. C’était à la fois un grand honneur et mon devoir de musulman.
Valérie Dupont : Aujourd’hui, le Yémen est-il la nouvelle base d’Al-Qaïda ?
Nasser al-Bahri : Non. Cette idée vient des Européens, qui exagèrent. Il y a quelques membres. Mais la plupart sont en Afghanistan, en Somalie, au Kirghizstan. Cela dit, le peuple yéménite soutient le mouvement.
Valérie Dupont : Combien Al-Qaïda dispose-t-il de membres au Yémen ?
Nasser al-Bahri : Entre 300 et 500 pour les membres actifs. Le nombre de ceux qui les aident dans ce pays, mais aussi ailleurs, est illimité.
Valérie Dupont : Cette organisation va-t-elle réussir à s’implanter partout ?
Nasser al-Bahri : Elle a atteint son objectif : combattre les Américains face à face. C’est ce qui se passe en Afghanistan, en Irak, et bientôt peut-être au Yémen.
Valérie Dupont : Avez-vous peur pour votre sécurité ?
Nasser al-Bahri : J’ai de bons contacts avec le gouvernement, car je suis sous surveillance (rires). Les intégristes peuvent me voir comme un traître.
Valérie Dupont : Ca vous fait de la peine ?
Nasser al-Bahri : Oui, bien sûr. Mais je fais une grande différence entre l’Al-Qaïda que j’ai connu et celui d’aujourd’hui. Les nouveaux membres sont moins instruits religieusement, sans doute la raison pour laquelle ils me prennent pour un traître .
Valérie Dupont : Quelle serait la solution pour qu’Al-Qaïda cesse ses actions sur le sol yéménite ?
Nasser al-Bahri : Pour moi qui connaît bien Ben Laden, ce serait de dialoguer avec l’ennemi, mais pas directement. Il faudrait des médiateurs.
Valérie Dupont : Qui selon vous ?
Nasser al-Bahri : Des religieux. Ils sont de bons médiateurs car les jeunes les écoutent.
Valérie Dupont : À quels religieux pensez-vous en particulier ?
Nasser al-Bahri : Le cheikh Zindani, le cheikh Mafhouz et le cheikh Al-Raimi.
Valérie Dupont : Que pensez-vous du cheikh Al-Raimi ?
Nasser al-Bahri : Il base ses discours sur l’idéologie. Il apprend de bonnes choses aux jeunes. J’écoute ses cassettes et ses livres. Ben Laden l’a rencontré une fois en Arabie saoudite. Il lit aussi ses écrits, écoute ses cassettes.
Valérie Dupont : Comment se passait une journée avec Oussama Ben Laden ?
Nasser al-Bahri : Jusqu’au 11 Septembre, il vivait une vie normale comme les autres, faisait sa prière à 5 heures, là où il habitait, en Afghanistan, à Kandahar, près de l’aéroport. On le surveillait en le raccompagnant jusqu’à sa maison. Il exerçait beaucoup d’activités sportives, il montait très bien à cheval.
Valérie Dupont : Pourquoi avait-il besoin de gardes du corps avant 2001 ?
Nasser al-Bahri : Il était la cible de certains pays occidentaux ou arabes depuis 1996. Il y avait eu des tentatives d’attentat et d’assassinat contre lui.
Valérie Dupont : Combien avait-il de gardes du corps ?
Nasser al-Bahri : Une quinzaine.
Valérie Dupont : Avez-vous assisté à des préparatifs d’actes terroristes ?
Nasser al-Bahri : D’abord, il ne faut pas dire des actes de terrorisme. C’était des actes légitimes, de droit, des actes de résistance.
Valérie Dupont : Je repose ma question…
Nasser al-Bahri : Je n’ai pas participé à des préparatifs. Mais j’ai combattu pour Al-Qaïda.


Vendredi matin à Sanaa… J’attends dans le hall de l’hôtel désert. Je porte le niqab intégral. Je vois sans être vue. Et, même si je ressens cette impression de prison corporelle, je sais que je ne le porterai qu’une journée. Je me sens aussi protégée des regards, « invisible », c’est agréable, surtout pour une journaliste. Arrive un « ami », celui qui doit me montrer Alrabh, la zone où se trouvent certains membres d’Al-Qaïda. Là où l’armée a bombardé, il y a quelques semaines. Pour qu’un « non-Yéménite » puisse sortir de Sanaa, il faut un travel permit. Seules certaines zones sont ouvertes. En ce qui concerne Alrabh, il est formellement interdit de s’y rendre. Je pars, accompagnée d’un photographe, avec cet ami, et un cheikh de la région d’Alrabh, qui connaît l’emplacement des dix check-points que nous devons croiser. L’armée change régulièrement la place de ses barrages de contrôle, par précaution.

Il faut rouler à peine 100 kilomètres pour être dans la zone. Nous entrons dans un village de montagne désert, rocailleux. Des enfants jouent devant des maisons traditionnelles en piteux état. Ici, on est loin de l’ambiance chaleureuse de Sanaa. Après d’âpres négociations, j’obtiens l’autorisation d’aller dans la pièce où les hommes mâchent le qat (herbe coupe-faim, légèrement hallucinogène). Avant d’y pénétrer, on me met en garde : pas de questions qui puissent les heurter. Car, ici, les femmes ne leur adressent pas facilement la parole. Je sens mon ami mal à l’aise d’être dans ce village. Il me dit de faire vite. J’entre dans un salon typiquement yéménite, une salle rectangulaire étroite, avec des coussins accueillants pour tout meuble. Des hommes en tenues traditionnelles mâchent tranquillement leur qat. Ma présence ne semble pas les gêner, mais je sens que je ne suis pas la bienvenue. Je pose deux ou trois questions sur la présence d’Al-Qaïda. J’obtiens des regards condescendants, voire hautains. Le chef me répond calmement : « Al-Qaïda n’est pas notre problème. Nous sommes des bergers. Ce qui se passe ailleurs ou à Sanaa ne nous regarde pas, on est tranquilles ici. » Le message est clair. Mais je ne résiste pas à l’envie de lui poser une autre question : « Et si les Américains débarquaient, quelle serait les réactions ? » Mon ami traduit et, tout à coup, l’ambiance se détend : éclat de rire général… « Si les Américains viennent, on prendra tous les armes ! » répond le chef. Je sens alors comme un malaise, il est temps de partir. Je recouvre mon visage des trois voiles prévus par le niqab intégral. Plus du tout drôle ! Ce matin, c’était un déguisement. Je ressens maintenant toute la violence de cette « prison » . Au retour, nous repassons la dizaine de check-points. Je n’accorde plus un regard au monde extérieur. De toute façon, revêtue de mon niqab, je « n’existe pas ». Arrivée à l’hôtel, je comprends mieux cette fois le déploiement de sécurité qui filtre les entrées dans l’enceinte du building.
Un sas relativement impressionnant est installé. Une dizaine d’agents vérifient sous la voiture. Le coffre doit être ouvert et un détecteur de TNT est passé sur la carrosserie ! Oui, le niveau de sécurité est élevé à Sanaa. Et, oui, il y a des raisons. Al-Qaïda s’installe.

Le lendemain, je dois rencontrer le cheikh salafiste Majeed Al-Raimi. Il est l’un des trois religieux à pouvoir éventuellement servir d’intermédiaire entre l’organisation terroriste et le gouvernement de Sanaa. Mon chauffeur de taxi est surpris quand je lui demande de me conduire dans le quartier de Faj Attan, à la mosquée Sanaa Bin Mua’ath. L’entretien a lieu au premier étage dans le rituel salon yéménite. Je ne porte pas le niqab, simplement une longue robe noire et un voile sur mes cheveux. Le cheikh Al-Raimi a un visage doux. Sa large barbe lui confère un air protecteur. Mais ses yeux noirs ne trompent pas sur sa haine de l’Occident. Quand je lui demande ce qu’il pense d’Al-Qaïda, sa réponse me glace : « Quoi ? Qu’y a-t-il de mal avec Al-Qaïda ? » Il m’explique combien ce mouvement, dans sa formation, n’a rien de répréhensible, puisque son nom signifie « la base ». Par conséquent, selon lui, c’est une volonté religieuse qui domine cette organisation. Après, bien sûr, il ne partage pas les actions perpétrées par l’organisation. Quelques-uns de ses fils nous rejoignent.

Après les présentations, l’ambiance s’assombrit. Le fils aîné, robe blanche, longue barbe noire, ne dissimule pas son hostilité. Il reste cependant silencieux pendant toute l’interview. Son père commencen à montrer des signes d’irritation, bientôt à son comble quand je lui demande quelle serait sa réaction si les troupes américaines débarquaient.
Le cheikh Al-Raimi sourit, reste calme, mais sa voix cristalline laisse percer sa colère : « Notre religion nous oblige à nous battre contre des troupes étrangères, car c’est de l’occupation. On doit donc les combattre ! » Sa réponse ne me surprend pas. Récemment, plus de cent cinquante dignitaires yéménites ont signé une fatwa contre toute armée qui souhaiterait venir aider le gouvernement.
Pour le président Saleh, en place depuis de longues années, la tâche n’est pas aisée. On trouve, d’un côté, un peuple farouchement opposé à tout intervention militaire internationale et, de l’autre, les États-Unis insistant fortement pour prêter mainforte. À ce jour, seuls quelques experts américains apportent un renfort stratégique. Mais cette année, Washington a annoncé une aide de 70 millions de dollars. Un cadeau empoisonné pour le président Saleh…

Je pose ensuite quelques questions sensibles en rafale. Le cheikh Al-Raimi répond du tac au tac.

Valérie Dupont
: « Mais si les Américains viennent, c’est pour combattre contre Al-Qaïda ?
Cheikh Al-Raimi : C’est quoi le problème avec Al-Qaïda ? La question n’est pas de savoir si je les aime ou pas ! Ceux qui ont commis des crimes doivent être jugés ! Si cette organisation commet des crimes, on n’a pas besoin des troupes américaines pour les juger. Notre pays est un pays souverain !
Valérie Dupont : Que pensez-vous des pays occidentaux ?
Cheikh Al-Raimi : Ces pays soutiennent Israël dans son occupation de la Palestine. Ou encore ils combattent les talibans. Qu’ont fait les talibans pour être combattus ?
Valérie Dupont : Que pensez vous d’Oussama Ben Laden ?
Cheikh Al-Raimi : Oussama Ben Laden est un des hommes les plus religieux dans le monde islamique. Parfois, il fait des erreurs, mais pas toujours. Cet homme a une grande connaissance de l’islam. Une de ses meilleures actions, c’est d’avoir combattu les Russes en Afghanistan. Et une de ses erreurs, cesont les attentats de Manhattan et du Pentagone en 2001.

Cheikh Al-Raimi, un des trois plus puissants membres religieux les plus puissant du Yémen. Il est l'un des signataires de la Fatwa contre l'invasion des soldats américains.Cheikh Al-Raimi, pendant un des ses prêches un vendredi matin dans sa mosquée dans les faubourgs de Sanaa. Les mots juifs, américa et Israel seront plusieurs fois prononcés avec colère.Cheikh Al-Raimi, juste avant d'aller faire son prêche, fait comme tous musulmans ses ablutions.


Valérie Dupont : Que pensez-vous des femmes engagées par l’armée yéménite ?
Cheikh Al-Raimi : Ah, c’est haram [« pêché »] ! Dans notre sainte religion, les femmes nous les protégeons. Leur place est à la maison, elles s’occupent des enfants, nous les estimons beaucoup. C’est pourquoi jamais elles ne doivent prendre les armes. C’est un non-sens.
Valérie Dupont : Pourtant, il ne vous a pas échappé qu’un bataillon de 54 femmes vient d’être mis en place par l’armée ?
Cheikh Al-Raimi : C’est injurieux pour ces femmes !
Valérie Dupont : Mais puisque les membres d’Al-Qaïda se servent du niqab pour se déguiser en femmes et que seule une femme peut en fouiller une autre, c’est légitime non ?
Cheikh Al-Raimi : Non. Nous les Yéménites sommes suffisamment forts pour nous battre contre tout ennemi. Ce sont les Occidentaux et plus précisément les Américains qui ont imposé ce gadget !
Valérie Dupont : Donc vous pensez qu’une femme militaire ne peut pas être une bonne musulmane ?
Cheikh Al-Raimi : Vous savez, ces filles qu’ils ont recrutées viennent de familles non croyantes. Jamais un bon père n’accepterait que sa fille porte une arme. »

Le cheikh Al-Raimi ne s’exprimera pas sur le gouvernement. Trop risqué ces temps-ci : parmi les trois cheikhs salafistes en vue, il y a le très médiatique Abdulah Majeed Zindani et Hussein Omer Mafhouz. Ce dernier a fait de la prison pour des propos jugés « trop provocateurs ».

Cheikh Al-Raimi dans son salon, nous expliquent sa vision de l'Islam, de l'occident et de l'avenir de son pays.Cheikh Al-Raimi, l'un des trois plus grands cheikh du Yémen nous explique sa vision du monde et d'Al Qaeda.

Une fois épuisés les sujets qui fâchent, le cheikh, fidèle à l’hospitalité locale, m’invite ensuite à déjeuner en compagnie de ses fils. Les plus jeunes sont étonnés de me voir partager leur succulent repas assise par terre. Un hamburger est posé avec discrétion à côté de moi. Je suis touchée par le geste. Mais je préfère la saltah ! La conversation devient plus légère. Il me demande ce que je connais de l’islam. J’avoue que, une fois les cinq piliers récités, j’ai des lacunes. Il est tout de même surpris qu’une infidèle les connaisse. Je le questionne à nouveau : « Avez-vous voyagé en Occident ? » Avec un visage écoeuré, il me répond : « Ces pays sont pornographiques» Il est temps de quitter le cheikh Al-Raimi. Celui-ci va faire ses ablutions : en tant qu’imam, il doit être le premier en bas, dans sa mosquée. Je le laisse à son prêche, où les mots Israël, yeoudi (« juif ») et America sont plusieurs fois répétés, avec rage.

Dans sa mosquée dans les faubourg de Sanaa, cheikh Al-Raimi prêche avec ferveur, les mots juifs, Israel et USA reviennent sans cesse avec force.

Retour à Sanaa. Le chauffeur de taxi maudit les Américains : l’une des grandes artères qui est bloquée est celle qui conduit à l’ambassade des États-Unis, depuis peu sous haute surveillance… J’apprends que des Occidentaux (Canadiens, Français…) convertis à l’islam étudient à l’université Al-Imam. Je tente de m’y rendre. Deux adolescents munis de « kalaches » tiennent un check-point de fortune devant l’entrée. Après plusieurs minutes de négociations hargneuses, je remonte dans le taxi : impossible d’entrer. Étrange que l’accès à un lieu dédié à la transmission du savoir soit fermé. Pourquoi le gouvernement tolère-t-il une telle situation ? Je n’obtiendrai pas de réponse. Les zones de gris s’accumulent.

J’ai enfin rendez-vous avec la cellule antiterroriste féminine. Postés devant l’imposant bâtiment, les gardes commencent par me refuser l’entrée. Pourtant mes autorisations sont en règle, et je suis même accompagnée par un militaire. Mais rien n’y fait. J’aperçois alors deux Occidentaux à l’intérieur de l’enceinte et je comprends : ce sont les Américains qui m’interdisent l’accès. Leurs consignes les obligent à rester hors de vue des journalistes. Inutile d’insister donc. On me promet que le contretemps sera levé demain. En attendant, je me rends à l’école de police pour les femmes. L’ambiance y est plus détendue. Je rencontre le chef de l’établissement. Affable, il répond à toutes mes questions sur un ton très « politiquement correct ». Selon lui, le Yémen dispose d’une très bonne armée, d’une force policière de grande qualité… Le moment idéal pour poser la question qui fâche : « Et si les Américains viennent vous donner un coup de main ? » La réponse est immédiate, spontanée : « Hors de question ! On prendra tous les armes. Et tu sais ? Même les foetus seront contre eux ! » No comment.

1500 jeunes femmes, toutes diplômées font partis de l'école de police de Sanaa. Cette école a pour but de former des femmes pour sécuriser les lieux sensibles du pays.Dans cette école militaire, ces jeunes femmes suivent des cours soutenus. Comme pour leurs collègues masculins, la disciplines est de rigueur.Ces 1500 jeunes femmes font parti d'une unité spéciale déstinée à sécuriser les ministères, les aéroports et les barrages routiers.Ce matin, dans cette école militaire, une femme militaire presente aux éléves une kalachnikofs et un pistolet. Ces armes seront démontés et remontés et étudiés avec soin.Une formatrice présente aux jeunes femmes militaires un pistolet démonté. Dans ce pays salafiste, une arme est symbole de puissance, beaucoup d'hommes sont contres cette unité de femmes.A la fin des cours, ces jeunes femmes iront s'entrainer aux armes afin de perfectionner leurs formations.Moment de détente dans cette école militaire ou 1500 jeunes femmes suivent des cours afin de devenir femmes policières.Ces 1500 jeunes femmes s'apprêttent à se rendre au centre de tirs ou elles s'entraineront à la kalachnikofs sur des cibles.Préparation de la séance de tirs. Cette jeune femme gradée prend ses ordres d'un haut gradée.Séance de tirs aux pistolets pour cette unités de femmes policières. Dans ce pays salafiste, il est inconcevable qu'une femme puisse utiliser une arme symbole de puissance.Dans cette école militaire de Sanaa, une unité de femmes policières s'entrainent . 1500 femmes diplomées ont intégré cette école unique dans ce pays.1500 femmes ont intégré cette école unique au Yémen. Toutes ses femmes sont diplomées et toutes ont eu l'accord de leur mari et de leurs parents pour suivre les cours.


Commence alors la visite de l’école. Dans une classe, une instructrice montre comment démonter et remonter une kalache. Un jour proche, elles devront savoir le faire les yeux fermés. Très concentrées, les futures policières prennent des notes. J’arrive enfin au centre de tir. Quinze jeunes filles attendent avant de s’exercer par groupe de trois sur une cible représentant une femme prise en otage par deux terroristes. Si les tirs ne sont pas encore précis, les gestes sont sûrs et le recul des armes maîtrisé. Pour la précision, les instructeurs m’assurent que les progrès arriveront vite, les instructeurs y veillent…

Dans le plus grande base militaire de Sanaa, une unité de femmes policières suivent des cours. Dans ce pays ou l'Islam régoriste fait loi, beaucoup d'hommes voient cela d'un très mauvais oeil.1500 femmes policières suivent des cours dans cette base militaires, elles auront comme mission de fouiller les voitures, sécuriser les minitères et les aéroports.

Le lendemain, retour à la cellule antiterroriste, où je suis en effet attendue. Quatre jeunes femmes cagoulées, surarmées, m’attendent avec leur instructeur. Elles font une petite démonstration du maniement des armes : la maîtrise est totale, du grand professionnalisme. Je demande la permission de questionner l’une d’entre elles. C’est Ourad qui est désignée. Pendant tout l’entretien, en plein soleil, elle garde une posture martiale. La jeune fille, âgée de 19 ans, souhaitait servir son pays depuis qu’elle était toute petite. Son temps libre est consacré à étudier… Quand je pose des questions sur Al-Qaïda, la réponse fuse : « Pas de commentaire. » Ourad est froide, ses réponses formatées et presque récitées. Je ne suis pas la première journaliste à l’interviewer, et elle connaît bien sa leçon. Seul le sujet de la religion semble la faire sortir de sa « récitation ». Quand je lui dis que les salafistes considèrent qu’« une femme armée, c’est péché », son agacement pointe : « Ils sont minoritaires ici. Ce qu’ils pensent n’a pas d’importance, la preuve, nous sommes là. » Un éclair de vérité surpris dans l’enceinte d’une base militaire antiterroriste ? En tout cas, je ne suis pas étonnée quand l’instructeur met fin à l’entretien fermement.

L'armée yéménite a créé une unité spéciale anti-terroriste composée de femmes. Celle ci ont pour but de trouver et d'arrêtter les membres d'Al Qaeda qui se déguiseraient en femmes.54 femmes composent cette unité d'élite anti terroriste. Elles ont comme rôle sur le terrain de s'occuper des femmes.Cette unité anti terroristes s'occupent exclusivement de vérifier les femmes car des informations venant de tout le pays mettraient en avant que certains talibans se cacheraient sous des niqabs.Moment de pause ou se retrouvent des jeunes femmes policières et de l'unité anti terroriste. Des retrouvailles chaleureuses ou pendant un moment  le photographe est oublié.

Je décide de changer d’ambiance. Direction le marché du qat, très animé,une vraie bonne humeur y règne. Ici, pratiquement tout le monde mâche cette herbe, hommes comme femmes, même si c’est interdit par la religion. Une véritable plaie pour l’économie, qui ralentit à partir de 14 heures, tant il est difficile de travailler après l’avoir mastiquée. La santé en pâtit également : les femmes enceintes ne se nourrissent pas correctement, et les enfants connaissent des problèmes de croissance. Après y avoir goûté, je peux dire que c’est atrocement amer. Mon dégoût a d’ailleurs provoqué des rires.

Le qât, « plante philosophique », « euphorisant, semi-stupéfiant, drogue », plante arbustive peu connue en Occident, joue un rôle majeur dans la société et dans l'économie yéménite.Première production de l’agriculture yéménite et classé comme stupéfiant dans les autres pays, le qat est un puissant euphorisant qui permet d’occulter la faim et la fatigue.Scène de rue dans la vieille ville de Sanaa. Toutes les femmes portent des niqabs comme les femmes d'Arabie Saoudite.Portrait d'une jeune garçon prit dans la vallée Alrabh, zone ou se trouverait des membres d'Al Qaeda.La nuit , dans la vieille ville de Sanaa. Sanaa est habitée depuis plus de 2 500 ans.Situé dans une vallée de montagne à une altitude de 2200 m, Sana'a a été habitée depuis plus de 2500 ans. Dans les 7e et 8e siècles, la ville est devenue un important centre de propagation de l'islam.Partout dans la ville, des portraits de l'ancien dirigeant irakien Saddam Hussein pronent sur les murs. Il est considéré comme un grand homme par la plupart des Yéménites.Dans le souk de la vieille ville se croisent hommes et femmes. On y retrouve tous les produits de premières nécéssités dans un brouhaha plaisant.Comme dans de nombreux souk, le temps s'est arrêté. Chacuns vagues à leurs occupations. La vie est réglée  par les moments de prière tout au long de la journée.Télévision d'état yéménite. Des militaires hommes et femmes y travaillent, des films et débats religieux et politiques y sont programmés.Sur la TV yéménite sont programmés des émissions politiques et religieuses. Des invités parfois internationales y viennent débattre.Radio d'état yéménites. Trois jeunes femmes animent des débats religieux.


Tout au long de mon séjour, j’ai été frappée par la gentillesse des habitants, leur hospitalité, leurs sourires. Je suis sous le charme étrange de ce pays. Ici, la dignité, le sens de l’honneur, de l’accueil, sont des valeurs intrinsèques. Sur le marché, je suis encore surprise de voir que certains marchands ont décoré le mur de leurs échoppes avec des posters de Saddam Hussein. Quand je demande des explications, j’ai encore droit à des rires moqueurs. Et je comprends que le débarquement de troupes américaines ici ne pourrait faire que le jeu d’Al-Qaïda.

Linda jeune femme yéménite accepte de poser quelques instants. La rue s'arrête, les passants regardent  curieux et certaines insultes partent. La prise de vue durera une minute.Linda jeune femme progressiste essaie avec ses petits moyens de faire changer cette mentalité régressive dans ce pays ou l'islam salifiste rêgne.

L’armée yéménite connait plusieurs fronts de combats avec bien sur le nord du pays; Le mouvement mené par Abdul Malek al Houtis, Chef de la secte Chiite Zaïdis, appelle au rétablissement de l’imamat (direction spirituelle et politique du pays par les imams) Pour l’instant l’armée yéménite tient bon. Les soldats avec plusieurs années de guerre dans les jambes connaissent bien leur métier. Il reste à espérer que Washington ne fera pas le jeu d’Al Qaeda …en y envoyant ses troupes.

Dans le nord du Yémen, des combats violents opposent les forces gouvernementales aux rebelles houtis et certains membres d'Al Qaeda.Des combats violent opposent l'armée yéménites et les rebelles houtis. Les USA bombardent chaques jours cette zones qu'ils supposent être aux mains des talibans.Combats violent dans le nord du Yémen, les soldats gouvernementaux financés et entrainés par les américains combattent les rebelles houtis et les membres d'Al Qaeda présents dans cette partie du pays.Chaques jours l'armée américaines bombardent le nord du Yémén. Les forces gouvernementales yéménites sur le terrain combattent les rebelles houtis, musulman zaydiste, branche chiite.Des cellules d'Al Qaeda alliées au rebelles houtis combattent les forces gouvernementales yéménites financées par les USA dans le nord du pays.Combats intenses et violents ont lieu actuellement. Les rebelles houtis ainsi ques des cellules d'Al Qaeda combattent au sol l'armée yéménite, soutenue par de nombreux bombardement américains.

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